Le Voyage des Epées du Tarot de Waite

Toute la force du Mental

Je viens te mettre au défi, es-tu prêt? Reste vigilant, sois prêt à réagir. Quelle sera la meilleure stratégie? L'évitement ou le combat? Vas-tu tenir ferme, affronter, ou faut-il fuir?
L'orage se prépare, les choses se précipitent. Mais je fais preuve d'assurance, je vais droit au but quitte à manquer de tact. Je frappe, je tranche. Je fonce dans la bataille, me précipite au combat, je perds mon calme, j'exprime ma colère quitte à en perdre le contrôle, je dois pourtant me retenir si je ne veux pas finir dans le fossé les quatre fers en l'air...
En moi se combinent une grande clarté intellectuelle, une intelligence acérée, avec la maturité et la réceptivité qui conviennent à ma nature féminine. Je suis autoritaire, dogmatique, mais honnête et franche. Je parle tout droit comme je pense. J'ai un sacré tempérament, et je réprime mes émotions pour faire place au bon sens et à la logique. J'ai des standards très élevés, des attentes que peu peuvent prétendre satisfaire, mais mon astuce et mes capacités intellectuelles me font obtenir des résultats.
Comme mon épouse je me montre froid, direct, analytique, et je suis capable de trancher n'importe quelle situation. Je porte un regard objectif sur la vie, mes valeurs sont patriarcales et mes principes son nobles. Je déteste la confusion et le désordre, et j'aime défier les autres sur le plan des idées. Je suis honnête et solide: je vous regarde en face, droit dans les yeux comme un commissaire de police, je peux me montrer dangereux, voire cruel, je suis un César, il n'est pas question de m'attendrir ni de me jouer des entourloupes: je suis juste mais, je n'accepterai pas qu'on remette en question mon jugement ou ma position.
Je saisis l'Epée qui va me servir à me battre, à me défendre et à remporter la victoire. Je suis froid, aussi froid que les pics montagneux et venteux représentés sur mon illustration. Mon mental est aussi piquant, pointu, escarpé. Je ne fais pas dans la douceur: je tranche avec détermination et énergie. J'ai les idées claires, le raisonnement logique et impeccable, je me détache des émotions inutiles qui brouillent mes ondes, et alourdissent ma capacité de décision. Je ne tiens compte que des faits, j'analyse, je fais face aux problèmes avec droiture et un grand sens de la justice. Je suis prêt à affronter toutes les situations, et je me mets à présent au défi de vaincre par mon intelligence et à ma force mentale. Les lauriers et les palmes qui entourent ma couronne sont les signes visibles du succès. J'en appelle à la bravoure, je suis déterminé à trancher de ma vie tout ce qui est inutile et encombrant. Ma froideur et mon sens obtus de la logique peuvent faire de moi un vrai tyran. Alors je deviens hostile, je trancher dans le vif toute situation où jusqu’ici je n’avais pas trouvé le courage de faire des choix. Je veux frapper avec précision dans les situations que j’ai laissées pourrir, toutes ces fois où j’ai préféré me mentir en restant aveugle aux faits.
Mais, tout cela est difficile à affronter, beaucoup plus dur que je ne le pensais. Peut-être que j’ai été trop ambitieux, trop téméraire. Je m'enferme, je me ferme. Je m'aveugle car je ne veux plus rien voir. Une épée dans chaque main pour me protéger, derrière moi c'est la mer qui me protège, aucun bateau ne peut s'aventurer dans des eaux si rocheuses, et moi non plus je n'irai pas plus loin. Rien ne peut m'atteindre. Il y a sans doute bien des choses qui se passent, mais je ne veux pas le savoir. Surtout, qu'on vienne pas m'embêter ou me demander de faire quoi que ce soit. J e suis coupé de mes émotions, détachée du monde, j'ai la tête froide et je sais très bien ce que je veux, c'est à dire, qu'on me laisse tranquille.
Je ne suis plus que souffrance, dans toutes ses nuances, je suis trahi, abandonné, cassé, je suis face à un cruel revers de fortune. C’est une douleur subite, impitoyable, qui me paralyse. Je suis une plaie béante. L’angoisse et la jalousie me tordent le ventre. J’ai peur, de perdre mon partenaire, mon travail, mes amis, j’ai peur de l’isolement, de la solitude que j’entrevois devant moi. Je me sens trompé, oui, et complètement abandonné... pourtant... à d’autres moments, j’ai les idées claires, je redeviens lucide, j’accepte mes émotions, je tente de les comprendre, je m’accroche à la bonne vieille logique, si froide et rassurante, qui seule peut m’aider à dépasser la douleur... je n’y arrive que péniblement... J’ai tellement besoin d’aimer…
Calme, sérénité après la tempête émotionnelle. Je suis en convalescence, je me repose. Je fais un break, je me refais une santé. J’ai trouvé refuge dans la crypte d’une église, les vibrations du lieu m’apaisent, j’y trouve du réconfort. J’arrête de souffrir, peu à peu, je prends du recul, de la distance avec ce que je vis. C’est pas le moment de prendre des décisions. De toutes façons, je me sens toujours bloqué, paralysé par la peur et les doutes mais, en les examinant à tête reposée, je vais les digérer. Les obstacles mentaux et émotionnels vont se dissiper. Je pense que j’exagère un peu trop mes désirs et mes craintes, le recul que je suis en train de prendre m’aide à voir la vie d’une façon différente, moins douloureuse. Je me prépare pour la suite.
Achtung: il y a de la discorde dans l’air... mais je ne pense qu’à moi. Je me fiche royalement de ce que les autres veulent ou pense, c’est moi d’abord. Je veux gagner, l’environnement est hostile et c’est moi contre le monde entier. Je me lance dans la bataille, je vous désarme et je vous met en fuite. La fin justifie les moyens, ma victoire est peut-être douteuse, mes méthodes pour y parvenir sont peut-être indignes mais, qu’importe la morale, le bien ou le mal? Ce qui compte ce sont mes intérêts, mon ego. Il n’y a pas de place ici pour l’entente, la réconciliation ou la concorde, je suis déterminé à avoir le dernier mot, et je l’aurai. Ou pas. Il est possible que je me trouve face à une défaite cuisante. Il se peut que je doive accepter que je ne puisse pas toujours gagner, que moi aussi, j’ai des limites…
Et me voilà en route vers de nouveaux horizons. J’ai laissé les conflits et les problèmes derrière moi: le destin m’emporte, je voyage, je déménage, je vais de l’avant. Je me laisse guider par la vie, je laisse les peurs et les angoisses sur le rivage et je regarde vers l’avenir qui s’annonce meilleur, plein d’espoir. L’eau qui m’entoure me nettoie de mes doutes, me lave des reliefs du passé. Je suis un peu inquiet de ce qui m’attend mais je m’en réjouis aussi, le passé est résolu et le destin m’emmène vers une nouvelle aventure, ce n’est pas un choix, c’est une obligation, pour mon bien, pour mon rétablissement.
Mais je m’enfuis avec mes secrets au lieu d’affronter la vérité. J’évite les obligations, je me décharge de mes responsabilités, je me casse, ni vu ni connu du moins j’espère. C’est un peu faux-cul, un peu sournois... Je me sens un peu Judas, un peu traître, un peu voleur de vérité. Mais j’ai fait preuve de ruse et d’intelligence, alors je suis très fier de moi. Je regarde derrière moi pour m’assurer que je n’ai pas laissé d’indice de ma rouerie, ce qui m’empêche de marcher correctement mais je m’en fiche, du moment que j’avance. Je me sens joyeux, léger, je ne sens même pas les lames qui me blessent les mains ni la douleur qui me vrille. Je devrais porter ces Epées de façon plus prudente, je risque un accident, voire pire…
Voilà, je me suis fait avoir, me voici entravé, piégé, bloqué. Mes idées sont éparpillées comme les Epées qui m’entourent et m’emprisonnent, je ne parviens pas à les remettre dans l’ordre. Je me suis mis tout seul dans la mouise, il serait facile d’aller de l’avant, de respirer un bon coup pour me débarrasser de mes cordes, de parcourir quelques pas pour sortir de ce cercle de barreaux que je me suis imposés mais, je suis dans l’impossibilité de faire des choix, je me victimise. C’est plus facile: tant que je reste là bien tranquille, rien ne peut m’arriver. Je sombre dans la déprime mais après tout, c’est confortable. J’attends un sauveur, un libérateur, à moins que je ne trouve en moi-même la force de me libérer des pensées ou des situations qui m’emprisonnent.
Et mon état s’aggrave, me voilà rongé par la culpabilité, l’inquiétude, la solitude. Les regrets me taraudent, c’est un flot de pensées qui me vrillent le cerveau, je me suis créé une prison mentale et je rumine, je me blâme, je blâme les autres, je plonge dans les abîmes du désespoir. Mes nuits sont sans repos, j’ai si mal au moral, et je ne peux que me répéter en boucle… "Ah si j’avais su…"
Est-ce que je suis mort? Oui, un peu, du moins, le moi qui vient de parcourir ce voyage à travers les Epées est parti, mouru, décédé, terminé. Les fardeaux émotionnels et mentaux ont disparu, j’ai accepté mes illusions pour ce qu’elles étaient: du vent ! J’ai atteint un tournant: c’est inutile de me morfondre sur l’injustice de la vie et sur mon pauvre et triste sort, car devant moi se lève le soleil d’un nouveau jour, d’un nouveau cycle. Ne reste de mon vieux “moi” qu’une dépouille à ensevelir, et je me prépare à célébrer le matin.
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